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29/03/2012

Forest

La prison de Forest est une Maison d'Arrêt, ce qui veut dire qu'à la base, les détenus qui y sont enfermés ne sont pas des condamnés mais des prévenus. Des présumés innocents. Je me suis souvent demandé pourquoi l'Administration pénitentiaire avait moins d'égards pour les prévenus que pour les condamnés, mais c'est un fait : mis à part le rythme des visites autorisées - tous les jours pour les prévenus, trois fois par semaine pour les condamnés - les prévenus sont les moins bien traités des détenus. Et les "longues peines" les mieux traités. Ca pose question. Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit : je ne demande pas que la situation carcérale des "longues peines" se déteriore, mais que celle des prévenus et des "courtes peines" soit calquée sur elle, ce qui est un minimum.

Quoi qu'il en soit, faire (sur)vivre des gens dans les conditions de Forest est indigne, non seulement d'une démocratie (ce que la Belgique prétend être) civilisée (ce que les Belges se targuent d'être aussi), mais de l'Humanité tout court. Accepter celà, c'est nous (oui, nous, tant que nous acceptons cet état de fait) rabaisser sous le niveau du pire des détenus. Forest, c'est une promiscuité, un manque d'hygiène inimaginables. C'est un lieu infernal, surpeuplé, dangereux. C'est une bombe à retardement en plein coeur de Bruxelles. Pas seulement parce qu'une émeute risque de s'y declancher chaque jour, mais parce que les personnes enfermées dans des conditions pareilles - des personnes qui pour la plupart sont déjà désocialisées et/ou psychologiquement fragiles - n'en sortent pas indemnes. Mais écoeurées, révoltées. Et les premiers à dénoncer cette situation sont les agents pénitentiaires.

Je me rends compte tous les jours qu'évoquer le sort des détenus au regard de l'Humanité n'éveille quasi pas d'écho dans la population. Alors, évoquons les au regard du pragmatisme : des lieux comme Forest fabriquent des malades (au sens physique du terme), des fous et des révoltés. Etes-vous certains que c'est ce qu'il y a de mieux pour régler le problème de l' "insécurité" et de la violence dans notre société ?

 

 

 

 

 

 

 

10/03/2012

Condamnations

Ils étaient jeunes. Ils étaient en prison. Ils sont morts. Ils s'appelaient Idrir et Cédric. L'un a été assassiné. L'autre s'est suicidé. L'Etat français a été condamné pour leurs morts. Parce que l'Etat français était responsable de leur survie. Parce que l'Etat est responsable des détenus.

Parce que les détenus n'ont pas été condamnés à mort.

Je la croisais régulièrement, dans la file des visiteurs, devant l'entrée de la prison de Saint-Gilles. Je ne sais pas de quoi son fils était accusé. Je ne sais pas s'il était innocent comme il le prétendait. Je ne sais qu'une chose : il menaçait de se donner la mort, et sa mère avait peur.

Il s'est donné la mort.

Sa mère est venue identifier son cadavre. J'étais là, dans la file, quaand elle s'est présentée devant la porte. Elle m'a seulement dit "Il avait dit qu'il le ferait". Et Dieu sait comme j'ai eu peur, ce jour-là. Pour "mon" gamin ! Mais "mon" gamin est vivant...

Et je pense, magré tout, à ces hommes, à ces gamins, qui sont morts derrière les portes closes. Sous la responsabilité de l'Etat. de ces hommes, de ces gamins, délinquants, certes, mais fragiles, aussi. Malades. Ou en présence de détenus encore plus malades qu'eux. Malades au point de tuer. Je pense à ces garçons que l'Etat aurait dû protéger d'eux-mêmes, ou d'un autre, et qui ne l'a pas fait.

Et qui sont morts pour ça.

A deux reprises, ces dernières semaines, la Justice française a condamné l'Etat our n'avoir pas pris ses responsabilités face aux détenus.

Et c'est bien.

 

 

Eleonore