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28/01/2012

Fatiguée

Fatiguée.

Fatiguée de me rendre à la prison trois fois par semaine.

Fatiguée de voir quelqu'un que j'aime et que j'estime déprimer, décliner, désespérer.

Fatiguée des espoirs déçus.

Fatiguée de savoir que d'autres (psyblog, lambertine, Dominique, ou la dame flamande avec qui j'ai fait un bout de chemin, ce matin) vivent ce que je vis. Que des personnes qu'ils aiment vivent ce que "celui dont je ne prononcerai pas le nom de crainte de lui faire du mal" vit.

Fatiguée, aussi, de lire à tout bout de champ des âneries dans la presse, et plus encore dans les réactions des internautes. Non, les prisons ne sont pas des "Club Med'", non, la télé n'y est pas gratuite, non, la plupart des détenus ne refusent pas de travailler. Non, ils ne sont pas tous des violeurs-assassins. Non, la plupart d'entre eux ne deviendront pas riches en publiant leurs mémoires. Non, la justice n'est pas particulièrement laxiste (lente, par contre...). Non, les matons ne sont pas (pour la plupart d'entre eux) des grosses brutes détestant les détenus.

Bon sang, quand on ne sait rien sur quelque chose, on se tait !

... on se tait...

... on se tait...

Fatiguée...

Je voudrais pouvoir dire, crier, hurler, à tous ces gens qu'ils se trompent. J'essaie de leur dire qu'ils se trompent. J'essaie... mais je crie dans le désert.

Tout le monde, ou presque, se fiche des détenus.

25/01/2012

Les enfants du parloir

Cinéma UGC De Brouckère. Publicités. Entre un spot pour une voiture, et un autre pour une boisson gazeuse, une image me saute aux yeux. L'image de la prison de Louvain. La première d'un petit film, tourné par le Mouvement sans Nom flamand. Un petit film dans lequel les prisonniers portaient sur le front une étiquette les qualifiant en fonction de leur crime, ou de leur délit. Assassin, violeur, escroc, trafiquant de drogue. Le tout dans l'ambiance morne, dure, sordide, d'un établissement pénitentiaire. Jusqu'à ce qu'à la fin de l'histoire, un petit garçon en visite remplace l'étiquette stigmatisante par celle de "Papa".

Combien sont-ils, ces enfnts du parloir ? Combien sont-ils, qui ne connaissent de leur père que cet homme derrière es murs, qui n'ont jamais l'occasion de le voir que dans une salle de visites bondée à craquer ? Combien sont-ils qui ne le verront peut-être jamais en liberté (je pense à un petit garçon bouclé dont le père a pris "double perpète") ? Combien sont-ils à avoir été conçus, même, lors de ce que l'on appelle les VHS, les visites hors surveillance ? Je me pose la question chaque fois que je franchis la porte de la prison. Je me demande quel sera l'avenir de ces enfants. Oh, je me doute que la plupart d'entre eux, enfants de courtes peines, connaîtront un destion plus ou moins normal. Mais les autres ? Ceux qui devront vivre avec l'absence du père au quotidien, et la stigmatisation due à son crime, durant de longues années ?

Je me pose la question, au sujet de ces enfants de longues peines, conçus en VHS : enfants de l'epoir, ou de l'irresponsabilité ? Enfants de l'amour, qui continue, qui persiste, malgré les difficultés, ou bouées de sauvetage désespérées ? Enfants sujets ou enfants objets ? Je l'avoue, je ne sais pas. Je suis troublée. Je ne condamne pas ces pères emprisonnées, ces mères qui passent tout leur temps libre au parloir, ces gens qui, pour la plupart, continuent de s'aimer envers et contre tout. Je suis touchée souvent, bouleversée parfois, par ces petits bouts qui transforment le parloir en cour d'école maternelle. Je ne peux pas condamner ce souffle de vie qui transperce les murs et les grilles.

Mais je m'interroge.

Et j'avoue que le film qui a suivi, et pour lequel j'avais payé ma place, m'a paru bien fade.

 

Eleonore

 

http://www.bzn.be/NL/index.php

http://blogdunpsy.blogspot.com/2012/01/petit-moment-dhuma...

10:16 Publié dans Prisons | Lien permanent | Commentaires (0)

06/01/2012

Eux... et nous

Il y a eux. Eux, ceux qui se trouvent derrière les grilles. Derrière les murs. Pour un mois.Pour un an. Pour dix ans. Pour une vie entière. Et il y a nous. Nous, qui vivons du bon côté.

Il y a nous, les "gentils". Et eux, les "méchants".

Gentils ?

Méchants ?

Ce n'est pas parce qu'on est "méchant" qu'on se retrouve en prison. Et ce n'est pas parce qu'on est "gentil" qu"on reste du bon côté. C'est parce qu'on a transgressé la Loi - et qu'on s'est fait pincer et condmner - ou parce qu'on a respecté le règlement. Mais on peut respecter la Loi et être un franc salaud. Et l'avoir transgressée et être un type bien.

Même si, il faut le reconnaître, il y a proportionnellement plus de salauds derrière les barreaux que du bon côté.

En reconnaissant qu'il y a aussi, proportionnellement plus de... victimes... derrière les barreaux que du bon côté.

Mais là n'est pas la question.

On ne se retrouve pas en prison parce qu'on est un salaud, mais parce qu'on a transgressé la Loi. Et transgresser la Loi ne veut pas dire "faire du mal". Comme la respecter ne veut ps dire "être quelqu'un de bien". Le fils qui néglige sa vieille maman lui fait plus de mal que le voyou qui lui vole son sac. Et l'industriel qui délocalise plonge des gens dans la misère, alors que le voleur à la tire ne leur cause que des ennuis de passage...

Peut-être est-ce ce qui me dérange le plus dans les murs des prisons. Cette frontière artificielle entre "eux" et "nous"...

 

 

 

 

17:36 Publié dans Prisons | Lien permanent | Commentaires (0)