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16/11/2011

Télévision

Régulièrement, quand il est question de la prison et des conditions de vie des détenus, revient le disque rayé de la télévision. Vous vous rendez compte ! Ils ont même la télévision ! Quel luxe !

Comme si la télévision, dans le monde actuel, était un luxe !

La télévision, c'est, pour Monsieur-et-Madame-tout-le-monde, le loisir le moins cher après les livres loués à la bibliothèque. Et pour les détenus, c'est à peu près le seul moyens qu'ils ont de rester en contact avec le monde extérieur. Et d'occuper les 22 heures sur 24 qu'ils passent à plusieurs dans 9 m2. Et donc, de rester plus ou moins calmes, de ne pas trop ennuyer les matons, de ne pas trop déprimer.

Et la télévision est payante.

Je sais bien que pour Mr. Tout-le-monde, 23 € par mois, ce n'est pas grand chose, mais pour une famille de détenu, ces 23 € s'ajoutent aux frais de cantine (la cantine, ce sont les sucreries, mais aussi le PQ ou le dentifrice), aux frais de visite (non, le train n'est pas gratuit), aux frais d'avocat (non, tous les détenus n'ont pas droit à un Pro Deo), à...  bien d'autres frais encore. Avoir un proche en prison, ça coûte cher !

Alors, peut-être que ces familles - ou certaines d'entre elles - ont des torts.

Alors, peut-être que les détenus ne méritent aux yeux du monde ignorant (oui, ignorant. Je me refuse à croire qu'une majorité d'êtres humains pourraient réagir ainsi en connaissance de cause) que de croupir dans l'ennui le plus total.

Mais qu'on arrête - pitié, qu'on arrête ! - de présenter la télévision en prison comme un luxe ou un cadeau. Elle n'est ni l'un, ni l'autre.

 

Eleonore

29/10/2011

Manifestation

Vendredi, 28 Octobre. Manifestation des agents pénitentiaires CGSP. Du siège du syndicat à la prison de Saint-Gilles (toujours en grève...) en passant par le ministère de la Justice.

Croyez-moi ou non, je comprends les motivations des agents pénitentiaires. Mal payés, mal considérés, travaillant au contact de personnes parfois dangereuses, souvent mentalement atteintes, presque toujours désespérées, on leur demande d'être à la fois flics et psychologues, sans armes, en endurant des horaires pas possibles. Ils ne sont pas contents, et c'est normal.

Je ne leur en veut pas, aux agents pénitentiaires. Il y a certes des tordus parmi eux, mais surtout beaucoup de braves gens, qui font ce qu'ils peuvent avec les moyens du bord, et qui sont bien souvent bien plus compatissants vis-à-vis des détenus que bien des citoyens ordinaires. Parce qu'ils apprennent à les connaître, à les comprendre. Parce que pour eux les détenus sont des personnes humaines. Des gens. Comme disait l'un d'entre eux "je m'occupe de ceux que ma femme - assistante sociale - n'a pas pu aider". Je ne leur en veux pas, même s'il m'arrive de leur râler dessus.

Mais, bon, qui s'intéresse aux matons ?

26/10/2011

Familles

On y pense rarement, mais la plupart des détenus ont des familles. Des proches. Des gens qui s'inquiètent pour eux et ont besoin de les voir, autant que les détenus ont besoin de les voir. Et lorsqu'une personne est emprisonnée - je n'ai pas dit "à tort", elle n'est pas seule à être punie. Tous les siens le sont également. Et dans une large majorité des cas - je n'ai pas dit "toujours" - ils sont parfaitement innocents. Ils sont punis sans avoir rien fait. Punis affectivement. Punis financièrement, aussi. Visiter un détenu en prison, assurer sa cantine - non, la majorité des détenus n'émargent pas au CPAS - ça coûte cher, très cher.

Et ça fait mal.

Parce que quoi qu'il ait fait, pour ceux qui le visitent, un prisonnier reste une personne qu'ils aiment.

D'autant plus s'il n'a pas fait grand chose.

D'autant plus s'ils culpabilisent - à tort ou à raison. "Si j'avais su" "si j'avais vu" "si javais réagi". Car c'est ce qu'ils pensent, ces gens. Qui sont souvent des gens bien.

Et qui sont des gens qui souffrent.

 

PS : Les agents pénitentiaires de Saint-Gilles sont toujours en grève.