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29/10/2011

Manifestation

Vendredi, 28 Octobre. Manifestation des agents pénitentiaires CGSP. Du siège du syndicat à la prison de Saint-Gilles (toujours en grève...) en passant par le ministère de la Justice.

Croyez-moi ou non, je comprends les motivations des agents pénitentiaires. Mal payés, mal considérés, travaillant au contact de personnes parfois dangereuses, souvent mentalement atteintes, presque toujours désespérées, on leur demande d'être à la fois flics et psychologues, sans armes, en endurant des horaires pas possibles. Ils ne sont pas contents, et c'est normal.

Je ne leur en veut pas, aux agents pénitentiaires. Il y a certes des tordus parmi eux, mais surtout beaucoup de braves gens, qui font ce qu'ils peuvent avec les moyens du bord, et qui sont bien souvent bien plus compatissants vis-à-vis des détenus que bien des citoyens ordinaires. Parce qu'ils apprennent à les connaître, à les comprendre. Parce que pour eux les détenus sont des personnes humaines. Des gens. Comme disait l'un d'entre eux "je m'occupe de ceux que ma femme - assistante sociale - n'a pas pu aider". Je ne leur en veux pas, même s'il m'arrive de leur râler dessus.

Mais, bon, qui s'intéresse aux matons ?

26/10/2011

Familles

On y pense rarement, mais la plupart des détenus ont des familles. Des proches. Des gens qui s'inquiètent pour eux et ont besoin de les voir, autant que les détenus ont besoin de les voir. Et lorsqu'une personne est emprisonnée - je n'ai pas dit "à tort", elle n'est pas seule à être punie. Tous les siens le sont également. Et dans une large majorité des cas - je n'ai pas dit "toujours" - ils sont parfaitement innocents. Ils sont punis sans avoir rien fait. Punis affectivement. Punis financièrement, aussi. Visiter un détenu en prison, assurer sa cantine - non, la majorité des détenus n'émargent pas au CPAS - ça coûte cher, très cher.

Et ça fait mal.

Parce que quoi qu'il ait fait, pour ceux qui le visitent, un prisonnier reste une personne qu'ils aiment.

D'autant plus s'il n'a pas fait grand chose.

D'autant plus s'ils culpabilisent - à tort ou à raison. "Si j'avais su" "si j'avais vu" "si javais réagi". Car c'est ce qu'ils pensent, ces gens. Qui sont souvent des gens bien.

Et qui sont des gens qui souffrent.

 

PS : Les agents pénitentiaires de Saint-Gilles sont toujours en grève.

19/10/2011

Prise d'otages

Depuis plus d'une semaine, la prison de Saint-Gilles est en grève. Depuis plus d'une semaine, impossible de savoir ce qui se passe derrière les portes closes. Depuis plus d'une semaine, impossible pour ceux qui sont derrière ces portes d'avoir des nouvelles de leurs proches. Depuis plus d'une semaine, la presse se tait.

Et je n'ai plus envie de me taire.

Même si, je m'en rend compte, le sort des détenus et de leurs familles n'est pas un sujet vendeur. Même si parmi ces personnes prises en otage au fond de leurs cellules se trouvent d'immonde salauds. Il s'y trouve aussi des gens qui ont simplement fauté, fait des "conneries", ou qui sont simplement accusés d'en avoir fait. Il s'y trouve même des innocents. Mais je ne veux pas parler particulièrement pour ces innocents. Je veux parler pour tous les détenus, même les plus immondes des immondes salauds. Parce que même eux restent des hommes. Et parce que, même pour les meilleures des raisons du monde (oui, la surpopulation carcérale est un problème grave, oui, agent pénitentiaire est un métier difficile et trop peu considéré), on ne prend pas des hommes en otage. Fussent-ils les plus immondes des immondes salauds.

Parce que les prendre en otage, parce qu'accepter qu'on les prenne en otage, parce que se taire lorsqu'ils sont pris en otage, c'est se mettre au niveau d'un preneur d'otage. Autrement dit, d'un des pires salauds qui se trouvent derrière ces portes closes. Je n'accuse pas spécialement les agents pénitentiaires de saint-Gilles, là. Ce sont même eux que je comprends le mieux. J'accuse bien plus la pressse qui se tait, les politiques qui ont laissé pourrir la situation, et Monsieur-tout-le-monde qui s'en fiche. Monsieur-tout-le-monde qui n'est pas loin de se féliciter, lui, l'"honnête homme", du sort que subissent les détenus. Parce qu'ils l'ont bien cherché, non ?

Pardonnez-moi, mais raisonner comme ça, mais se moquer du sort de ces gens, parce que ce sont des gens, ou s'en féliciter, c'est se comporter comme beaucoup d'entre eux ne l'ont jamais fait. C'est être "digne" de se retrouver derrière les portes closes.

Eleonore